Publié sur allocarpentras par solidarité avec les employé-es.
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MALAUCÈNE (Vaucluse), 24 avr 2009 (AFP) - Le géant américain du papier à cigarettes Schweitzer-Mauduit a préféré l’argent à l’Histoire. Jugeant non rentable sa papeterie provençale de Malaucène, une des plus vieilles d’Europe, il a annoncé sa fermeture, laissant 211 salariés sous le choc.
"L’Histoire, ça ne fait pas bouillir la marmite quand on est à ce niveau de pertes", affirme le directeur du site, Jean-Marc Pavero, quand on l’interroge sur la fin, en septembre, d’une fabrique fondée en 1545.
Aujourd’hui spécialisée dans le "papier manchette" entourant le filtre des cigarettes pour des grands du tabac comme Philip Morris ou Japan Tobacco, la papeterie a subi une perte opérationnelle de 5 millions d’euros en 2008 (chiffre d’affaires : 29 M EUR), selon la direction. Sur quatre ans, la perte nette atteint 21 M EUR.
Schweitzer-Mauduit a donc annoncé le 17 avril qu’il tirait un trait, "coup de massue inattendu" pour nombre des 2.750 villageois de Malaucène, dans un bassin d’emploi sinistré.
"L’absence de pertes venant du site de Malaucène devrait permettre d’améliorer les bénéfices de Schweitzer-Mauduit de 0,30 dollar par action en 2010", a indiqué le groupe dans un communiqué.
"Vous êtes lourdés pour 0,30 dollar par action", commente Frédéric Fouquet, délégué CGT, lors d’une assemblée générale cette semaine. > "Dégoût" et "amertume" sont d’autant plus grands que les salariés avaient juste accepté le départ de 70 d’entre eux pour "sauver l’usine" et que le site a réalisé un bénéfice de 270.000 euros en février, selon la CGT. Beaucoup sont convaincus que Schweitzer-Mauduit a délibérément laissé la situation se dégrader pour fermer.
"On leur a proposé depuis longtemps de sortir de la mono production. On les a mis en garde contre le papier brésilien de moindre qualité et les hausses de tarifs de 20% pour certains clients peu judicieuses en ce moment mais ils n’ont pas écouté", dit M. Fouquet.
Le maire UMP de Malaucène, Dominique Bodon, reconnaît qu’il y a eu "des investissements qui n’ont pas été faits". > Schweitzer-Mauduit a dépensé 100 millions de dollars en 2005 pour une nouvelle usine de papier à cigarette en Chine. Pourquoi pas à Malaucène ? Directeur du site et des ressources humaines éludent puis évoquent une autre stratégie. Malaucène "où chacun a un membre de sa famille à la papeterie", va devoir gérer "la catastrophe", "la bombe", dit le maire, un ancien de l’usine. "Quand on allume la télé, on ne voit que des suppressions d’emploi et puis c’est notre tour", dit Philippe Palanques, 37 ans, employé à l’imprimerie.
"Il faut à tout prix revitaliser le site", insiste Joël Charbonnel, 56 ans, assurant que les salariés maintiendront la qualité des produits "pour les clients". Puis ce délégué syndical CGT expérimenté lâche, cachant ses larmes derrière des lunettes de soleil : "pour moi, la fermeture, c’est une blessure".
Ce vendredi, jour de CE, les salariés sont en grève. Ils veulent repousser la fermeture pour creuser les pistes de reconversion et ne se satisfont pas de la "cellule d’écoute, des mesures d’accompagnement ni des primes de départ supra légales" (maximum 24.000 euros) de la direction. Mercredi, une manifestation est prévue. Les Malaucéniens craignent que le village très vivant "se vide" : fermeture de classe, pénurie de pompiers volontaires, risque de faillite de fournisseurs comme la scierie reprise récemment par un jeune homme de 28 ans.
Sylvie Guérard, employée d’une brasserie, se désole : "Dire que cette fabrique de papier a traversé quatre siècles !"
